Bonjour.
Ceci est l'expérience d'une vie
À toi de voir si tu es prêt à tendre l'oreille pour l'écouter.
Hier, j'ai vécu une expérience que probablement pas beaucoup de personne pourra vivre dans sa vie. Et je sais que la raconter ici n'amènera pas des réponses à mes questions, ni même de la compréhension . Sauf si vous avez déjà vécu ce genre d'expérience. Pour une fois, je ne cherche pas vraiment à me faire comprendre non plus, seulement... Je veux seulement être écouté pour une fois. Hier j'ai vu la mort. Concrètement. Au chevet de mon oncle malade et avec toute ma famille. J'ai touché la mort. Je l'ai vu prendre la vie à quelqu'un qui mordait dedans. Injustice? Peut-être. Mais le cancer ne discrimine personne. Ça peut arriver à n'importe qui, les riches comme les pauvres, les petits comme les gros. C'est là qu'on voit qu'on ne choisi pas nécessairement notre destiné. Elle se trace et on ne peut savoir exactement ce qui arrivera. Mais peu importe, on ne peut en resortir plus grand de ces épreuves là. Surtout quand on la vit pleinement. J'ai pu avoir la chance (car j'apelle ça de la chance oui) d'être au chevet d'une personne cher à mes yeux pendant ses derniers instants, chez lui, dans son lit, proche de ma famille comme dans l'ancien temps. Que diable est de rester jusqu'à 4h du matin pour veiller sur lui. On s'en fou tellement de la fatigue, on la sent même pas. On s'en fou d'être sale, de pas manger beaucoup. On s'en fou parce qu'inconciemment, on a pas d'affaire à faire quelque chose d'autre que ÇA. J'ai d'abord été sous le choc quand je l'ai vu, il n'a jamais été aussi maigre, il était maintenant aveugle à cause de la tumeur qui pesait sur son cerveau. Il était dans un genre de coma, mais il pouvait nous entendre. Et je l'ai vu quand ma grand-mère est allée le voir. Il bougeait tellement! Il savait qu'elle était là, il a tout entendu, il l'a même manifesté à notre grande surprise. On lui a donné des médicaments, on se relayant tous les 2h pour laisser la chance à sa femme de dormir un peu. On était au moins 10 dans la maison à dormir un peu partout et à prendre le relai de l'autre pour une partie de la nuit, à le regarder respirer. Il respirait d'abord d'une façon constante, mais le lendemain il s'est mis à respirer très vite, comme si il courrait après quelque chose... mais qu'il ne prenait jamais le temps de se reposer. Il courrait si vite, mon dieu! J'ai même essayé de respirer en même temps que lui, et j'étais déjà toute essouflé. Et puis, quand vous vous étiez endormis, nous, nous étions vers 12h30 tous là, autour de lui, à pleurer, à lui parler, à lui prendre la main et lui dire de lâcher prise. Mon oncle était quelqu'un de très têtu! Ça oui! Il a tenu le coup jusqu'à la fin. Il respirait très lentement rendu là, il avait beaucoup de misère à prendre les quelques bouffées d'air qui pouvaient bien passer dans son corps. Puis il s'est mis à arrêter de respirer.... et il recommençait! Je faisais le saut à chaque fois! Je croyais toujours que c'était la fin! J'ai jamais vu un silence aussi complet que cela. Seulement cette respiration et ses râles qui faisaient bruit dans la maison. Et puis à 12h48, il a lâché prise. Je me rapelle d'avoir pris son poulx à son poignet, il allait tellement vite! Et puis, il a laissé un dernier souffle très très long... Je lui tenais la main à ce moment là. Je crois que l'émotion était trop grande, que j'en ai complètement perdu connaissance. J'ai fais un choc vagal (haha ben oui) mais je pense que je peux me le pardonner, car j'ai réussi à vivre cette épreuve là jusqu'au bout. Je suis fière de moi et de lui. Il est parti entouré de sa famille et à la maison. Surtout à la maison, ça tellement fait une différence. À l'hopital nous n'aurions pas pu être aussi nombreux à rester auprès de lui et d'attendre qu'il parte. Mais on a tous été là, on l'a pas manqué, et on est fier de lui...
Maintenant , je suis en paix. J'ai un deuil à faire certes, mais je suis en paix et apaisée. Je suis contente qu'il ne souffre plus et je me sens privilégière d'avoir vécu ce moment aussi intime qu'il le soit, que je puisse dire "j'étais là , à lui tenir la main et à lui parler quand il était malade". Une expérience très dur en émotion, mais qui va une fois de plus m'enrichir en tant que personne.
Reste en paix & je t'aime. On va tenir notre promesse et oubli pas ce que je t'ai dis hein?
René Charest
1960-2009
♥
Je tiens à dire que je ne veux pas me faire prendre en pitié
car c'est un texte qui m'apporte beaucoup de sérénité, plus que de la tristesse
bien sûr, vous comprendrez mon sentiment du moment
mais j'avais besoin d'écrire ce que j'ai vécu
et d'extériorer tout ce que j'avais en dedans de moi.