Pense pas que j'y pense jamais. Tu pourrais pas savoir tout le poids que ça me met. Toutes les peines perdues, le penchant d'abandonner, ça pendait à l'ameçon. Pourtant. J'suis revenu à la raison. J'me suis pluggé comme on plug une radio, j'me suis mis à "on", j'me suis programmer illico. Pénard, c'est pas le mot. Proche de moi ya personne. Pas plus qui en avait partout avant. L'odeur de pourriture parrait plus dans ma face que dans mes parties olfactives. Peut-être parce que t'es pas là. Le monde change de bord, 'parait-il. T'as pas à t'en faire. Les périodes de procrastination dans tout sont d'ailleurs apparrantes. 'Pas grave. J'te blâme pas. Parti comme c'est là, Pluton a le temps de procréer en masse. Pis là t'es là, à pitonner mon cerveau de tes p'tits doigts polies par la plume de ton crayon. Penser quoi? Pas facile. Mais t'es là, pis j'lapprécis. Plus que tout. Le paysage semble plus plaisant à regarder. Ma poutine goûte pas mal plus bonne. Pis les vêtements propres que je sors de la sécheuse quand ils sont encore chaud, j'les sens plus. Pis pas rien qu'un peu. Pourtant le temps a pas plus progressé depuis que j'vis. Pratiquement rien dans la place a changé. Une personne de plus, c'est tout. Pourquoi alors. J'ai pas pu partir sans pouvoir voir ta peau matte une dernière fois. Sentir tes pieds gigotter en dessous de mes fesses pour que j'les réchauffes. T'endendre pisser à l'autre boute de la pièce. Pouvoir poser mes grosses mains de loup sur ton beau p'tit popotin dodu.
Elle était dos à lui, les jambes ballantes dans le vide. Elle leva la tête tranquillement, en prenant une grande respiration.
- Dans le fond, avec tout ce gros speach la, ce que tu veux me dire, c'est que tu m'aimes bien?
- Oui, je crois que c'est ça... Je t'aime bien. Pis pendant que t'en parles, pourrais-tu juste te placer autrement, pour que j'puisse te le dire sans mots?



